Quatre couples, une villa de rêve en Ardèche, des vacances sans enfants. Sur le papier, c’est le paradis. En vrai, c’est la vie… avec tout ce qu’elle charrie de non-dits, de rêves abandonnés et de vérités qu’on évite soigneusement de regarder en face. Laure Manel signe avec L’Ivresse des libellules son roman le plus réaliste et le plus humain.
Notre critique
L’Ivresse des libellules
Laure Manel
8/10
Note Absolème
Si vous avez lu La Vie est belle malgré tout ou Rendez-vous à Ploumanac’h, vous connaissez déjà l’univers de Laure Manel : des personnages attachants, une France de province ensoleillée, des histoires qui font du bien sans être nunuches. L’Ivresse des libellules s’inscrit dans cette lignée tout en allant un cran plus loin dans l’analyse du couple et de la quadragénaire qui se demande si sa vie ressemble vraiment à ce qu’elle avait imaginé.
De quoi ça parle ?
Huit amis d’enfance louent une villa en Ardèche pour une semaine de vacances entre adultes… sans enfants, enfin. Quatre couples qui se connaissent depuis toujours, qui pensaient tout savoir les uns des autres. Mais l’arrivée d’Iris, amie célibataire invitée au dernier moment, va agir comme un révélateur. Sa liberté, son regard extérieur, sa façon d’exister sans s’excuser vont faire bouger quelque chose dans chacun de ces couples bien installés.
Au fil des jours et des apéros prolongés, les masques glissent. Les non-dits remontent à la surface. Les désirs enfouis reprennent de la voix. Et chacun va devoir regarder en face ce qu’il a mis de côté depuis trop longtemps.
Ce qu’on a adoré dans l’Ivresse des Libellules
Les personnages, d’abord. Laure Manel a ce talent de créer des gens qu’on reconnaît immédiatement, parce qu’ils ressemblent à nos amis, à nos voisins, à nous-mêmes parfois. La quadra qui a mis sa carrière entre parenthèses pour ses enfants et qui se demande si elle a fait le bon choix. Le mari attentionné mais absent, présent physiquement mais ailleurs dans sa tête. La femme qui sourit tout le temps et pleure dans la salle de bain. On a toutes croisé ces gens. On a toutes été un peu ces gens.
L’atmosphère estivale est parfaitement rendue, les soirées à la belle étoile, les baignades dans la rivière, la chaleur qui ralentit tout et oblige à être là, vraiment là. Et Iris, ce personnage de célibataire assumée, est une belle réussite : ni pitoyable ni trop parfaite, juste libre d’une façon qui dérange.
Ce qu’on retient
Ce roman parle de la crise de la quarantaine avec une précision chirurgicale et une bienveillance rare. Il ne juge personne : ni les femmes qui ont tout sacrifié à leur famille, ni celles qui ont choisi leur carrière, ni les hommes perdus qui ne savent plus très bien ce qu’on attend d’eux. Il observe, il écoute, il restitue.
Et il pose une question qui dérange doucement : est-ce qu’on choisit vraiment sa vie, ou est-ce qu’on la subit en se racontant qu’on l’a choisie ? Pas de réponse toute faite, juste l’invitation à se poser honnêtement la question.
Pour qui c’est fait ?
Pour toutes celles qui ont déjà tenté les vacances en groupe et en sont revenues avec des amitiés légèrement fissurées. Pour les femmes en plein questionnement sur leur vie de couple, leur carrière, leurs désirs. Pour les fans de feel-good avec de la substance, qui veulent rire et réfléchir dans le même roman. Et pour toutes celles qui, un soir d’été, ont regardé leur vie et se sont demandé si c’était vraiment ça qu’elles voulaient.
Notre verdict sur L’Ivresse des Libellules
⭐⭐⭐⭐ L’Ivresse des libellules est un feel-good qui ne se contente pas de faire du bien : il fait réfléchir. Laure Manel signe son roman le plus mature, le plus honnête, le plus humain. Un livre à lire en vacances, de préférence avec un verre de rosé et un peu d’honnêteté envers soi-même.
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